Lyon Zurich
- EOS
- 17 sept. 2019
- 7 min de lecture
Salut toi, Camilo ici !
Voici donc le premier article sur la première expédition du projet EOS !
Maintenant que tu te lances à la découverte de cette aventure. Pendant que tu t’apprêtes à explorer, voyager et sortir de l’ordinaire, laisse-moi juste te dire mon propos dans ce texte qui va suivre.
J’ai pris plein de photos, plein de vidéos, j’ai essayé de documenter au mieux ce voyage. Je laisse donc toutes ces images à ceux qui veulent un récit fidèle, pas par pas, de ce qui a été cette aventure. Cependant ici, ces mots, mes phrases et pensées sont pour ceux qui veulent rêver. Ceux-ci sont les mots d’un Rawicz qui délire devant un yeti, ce sont des impressions et des sensations. J’espère te raconter la rêverie qui nous porte lorsqu’on est loin de chez nous et que nos repères s’effacent. A quoi donc décrire une suite d’actions ou t’apporter le millième pamphlet touristique, carré, objectif, concis. Pendant un voyage on se perd, on divague, on se distrait. L’aventure est subjective et deux personnes ne vivront jamais la même. Deux récits du même trajet ne seront jamais identiques pour peu qu’on se permette de sortir du froid journal de bord.


Me voici donc en train de saluer ma mère, qui fidèle à ses habitudes m’accompagne jusqu’au train avant mon départ. Je monte sur le train et c’est parti ! Avec moi mon sac, 17 kg de matériel, ou peut-être moins ou plus, je ne me suis pas soucié de le peser, ma caméra, devenue depuis un an ma fidèle compagnonne, et deux sandwichs que ma mère a préparés et qui seront mon plaisir de la journée.
En Janvier un ami, Pascal, m’avait proposé d’aller faire le Kazbek, troisième plus haut sommet en Géorgie. Un regard rapide à la carte et je vois l’Elbrouz juste de l’autre côté de la frontière géorgienne : « Mec ! on va sur l’Elbrouz ! ».
Pendant Octobre et Novembre je suis peu sorti et la ville me rend claustrophobe. A ce moment j’ai encore frais dans mon esprit le voyage en Norvège, au Pérou et en Bolivie et l’impatience de repartir explorer. J’ai de la chance ! A dépit du manque d’expérience, Pascal est un autre fou assoiffé de rêverie. Voilà donc le coup de pied qui a démarré ce projet.
Cela ne fait pas 15 min que je suis parti et voici que les rencontres commencent. Mathilde, ancienne collègue de travail, est sur le même train en direction l’Allemagne. Ce n’est pas grande chose mais voir un visage familier en ce début de voyage me donne de la motivation et me fait rêver de toutes les rencontres possibles que je pourrai faire.

Avec Pascal on avait tout préparé pour un départ en Juillet, apparemment la meilleure période pour gravir l’Elbrouz : La météo serait la plus propice en ce mois. Hélas, les aléas de la vie m’ont obligé à annuler mon départ !
Impossible pour moi d’en rester là ! J’ai parfois du mal à accepter de renoncer à un projet, de faire un compromis et renoncer à un bout de voyage. Non, pas moyen que j’en reste là ! et puis merde, mon dernier voyage m’a laissé avec soif de découverte.
J’essaie de trouver quelqu’un qui vient avec moi, d’anciens compagnons de cordée, des nouveaux compagnons de cordée, mais nulle part je ne trouve quelqu’un de disponible. Manque de liberté ou manque de rêves, je me retrouve sans compagnon pour cette aventure.
Pour monter deux sommets au-dessus de 5000m j’ai besoin d’un compagnon de cordée. Tout seul cela fait peur. C’est dangereux. Je ne sais compter le nombre de fois qu’on m’a répété cela ! Je me souviens les têtes incrédules des amis quand je suis parti au Grand Paradis tout seul. C’était magique ! Oui j’ai déjà fait du solo, je sais ce que c’est de monter seul. Je me souviens m’être répété des milliers de fois « AVANCE ! » pendant que je montais. Voilà donc, il faut que j’avance et si pour avancer je dois y aller seul… soit.

Je me retrouve donc seul à Zurich, après 5h de train. J’ai à peu près 10h à tuer et toute une ville à explorer : cela ne devrait pas être trop compliqué. Après avoir réservé mon train de ce soir pour Budapest je suis prêt à bouger de la gare. La vendeuse m’a tellement bien accueilli que je n’arrive pas à contenir un sourire dessiné sur ma tronche en me baladant. Mon seul malheur, cette pluie qui va et vient. Il faut dire qu’au moins je pourrai tester ma toute nouvelle veste que les financements des sponsors m’ont payée. La ville semble particulièrement grise sous l’ombre des nuages, mais elle garde un certain charme qui me motive à éviter toute forme de transport et simplement marcher et me perdre.

A la sortie de la gare je décide de faire ce qui m’est semblé le plus logique lorsqu’on ne sait pas où aller : j’ai suivi la rivière. Là je vois un point élevé d’où on pourrait avoir une jolie vue, direct je me mon cap vers Lindenhof.
Grande surprise et pour ceux qui ça intéresse, en haut de Lindenhof on a du wifi ! Je me concède donc d’appeler John, mon chéri et de manger l’un des sandwichs de ma mère ! Littéralement mon petit moment détente avec la vue de Zurich juste en face ! Cela me permet aussi de garder mon engagement médiatique de publier le développement de mon aventure. C’est là qu’un très cher ami de Toulouse, Clément, me conseille d’aller jeter un coup d’œil à Uetliberg. C’est plutôt éloigné du centre, je verrai en fin de journée si j’ai le temps d’aller voir !
Pour l’instant je continue de me balader entre les bâtiments très variés du centre de Zurich. Sur la rive gauche je vois beaucoup de bâtiments colorés, une grande quantité de commerces et je ne peux éviter d’être fasciné par tous les vendeurs de cannabis.
J’essaie de trouver un joli détail à prendre en photo, un joli point de vue. Je ne me suis pas spécialement renseigné sur l’histoire de la ville où ce qu’il y a, du coup chaque bâtiment est une surprise pour moi.
Grossmunster me fascine avec son architecture romanesque et cela va de même pour Fraumunster. Je découvre petit à petit les couleurs de la ville.
Lorsque j’étais dans le train j’ai eu cette idée d’interviewer des gens sur le changement climatique. Je n’ai moi-même les idées claires là-dessus et je me rends compte d’être très curieux de voir ce que les gens en pensent. Je veux apprendre, enfin des comptes je fais ce voyage en train et bus dans une tentative d’être moins polluant, plus écologique. Cependant mon côté timide me tenaille. Je ne sais combien d’occasions j’ai loupé de parler à des gens sur Niederdofstrasse (où tous les commerces sont présents) ou sur Lindenhof (où les gens s’arrêtent pour se poser). Mais qu’est-ce que je vais raconter ? « ehu, bonjour je veux monter des sommets et j’aimerais vous prendre en vidéo… ».
Cela commence à m’énerver de ne pas prendre l’initiative.

Dans mon indécision je décide de m’arrêter prendre un café devant Centralhof. Mon portefeuille pleure devant les prix suisses !
Je pose mon sac, en attirant l’attention de quelques personnes qui doivent surement se demander qu’est-ce que je fous avec un piolet accroché au sac.
Une fille en particulier ne résiste pas la tentation de venir me demander qu’est-ce que je fais avec tous ce matériel. Alaa qui est là avec sa famille en voyage d’Arabie Saoudite.

On parle pendant presque une heure. Elle a commencé à faire du trek et un peu de montagnisme avec une association de filles en Arabie Saoudite. Cela ne fait pas longtemps et on voit dans son visage la joie de la découverte. Des yeux grands ouverts, les oreilles tendues et mille questions sur le peu d’aventures que j’ai vécu. C’est un enfant qui s’émerveille. Tout est une découverte et même des petits exploits c’est des grandes aventures à ses yeux. Voilà ce que c’est qu'une expédition, c’est Alaa ! Ce n’est pas une question d’aller derrière chez soi pour une journée de marche où de traverser deux continents pour le toit de l’Europe. C’est l’émerveillement de qui découvre un plaisir même dans ce qui est simple, un petit geste, un mot, une discussion de deux personnes qui se croisent à mi-chemin dans leurs voyages. C’est la satisfaction dans l’effort, peu importe si c’était pour monter à Lindenhof ou sur l’Elbrouz. Cette rencontre arrive aussi à débloquer ma timidité et je fais ma première interview. Je repars de là avec une motivation renouvelée.

Je fais un arrêt du coté de la statue de Ganymède, pour admirer le lac derrière. Le lac Zurich, certes un peu grisouillet avec les nuages mais qui vaut quand même le détour.
Ne sachant pas où me tourner et ayant encore beaucoup de temps à disposition je me décide à suivre le conseil de Clément. Je me décide donc de marcher jusqu’à Zurich Selnau pour prendre la ligne S10 qui mène à côté du restaurant en haut de Uetliberg.
Cette fois ci je traverse le coté droit de la rivière et les bâtiments sont bien moins colorés et très réguliers. Cela me fait penser à du Néoclassique mais les cours d’histoire de l’art sont loin dans mon esprit et je ne saurais pas en dire plus. Fait est que j’arrive à monter sur Uetliberg, une colline aux bords de la ville et qui domine sur tout le reste. Je me sens bien heureux de marcher dans la verdure, j’ai du mal à m’émerveiller des villes et même les plus beaux exploits d’architecture me laissent parfois indifférent. En haut de Uetliberg je trouve le courage de faire d’autres interviews entre un point de vue et un autre. Je trouve passionnant de découvrir les pensées des autres et souvent il suffit d’écouter pour que les gens laissent circuler leurs idées. Je découvre des citations de Chomsky et l’influence du changement climatique sur les langues.

Le temps passe trop rapidement et je préfère arriver un peu en avance à la gare donc avant qu’il ne fasse nuit je retourne au centre-ville. Juste le temps de manger un bon diner (je peine encore à lâcher mon petit confort) et de dire au revoir à Zurich.
Je pars sous une pluie légère qui m’inspire une certaine mélancolie et réveille en moi mes inquiétudes pour les objectifs de mon expédition. Partir seul, cela n’est pas nouveau mais aller faire une expédition sur un sommet de plus de 5000m, dans un endroit qui me paraît si isolé… Quand j’y pense cela m’effraie encore et pourtant réveille l’envie d’avancer vers ces sommets, plus vite, plus déterminé, plus passionné. Cette fois-ci à différence de mes autres aventures en solitaire j’ai le soutien de toute l’équipe EOS, de tant d’amis, de la Fundacion Colombianitos et même de mon entreprise Agap2. Je ne manque pas de recevoir des messages d’encouragement et même ce soir, sur mon départ pour Budapest, je reçois un petit message d’encouragement d’Alaa.
Le train pour Budapest a eu sa petite surprise aussi mais je me rends compte là que j’ai déjà pris beaucoup de ton temps pour parler de Zurich. J’attendrai semaine prochaine pour te raconter cela, en espérant d’avoir réveillé en toi l’envie de faire ce voyage.
Sur ce, je te laisse.
A bientôt !
Alpinismement.

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